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Sancey

Paroisse Ste Jeanne-Antide
Homélies

Mise à  jour  le 14/05/2012 

13 mai 2012     Pour écouter cette homélie, cliquez ici

Comment accueillir la Parole de Dieu ? Et qu’en ferons-nous ? Faut-il, au préalable, être disposé à l’entendre ?

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Un centurion, c’était un militaire dont le grade vaut celui de nos capitaines, vu le nombre d’hommes sous ses ordres. Le centurion qui vient au-devant de Pierre sait se faire humble. Voilà un homme attiré par un désir impérieux à combler. Il y avait en son cœur une forte attente dont il acceptait la réalité, d’où sa recherche d’un homme de Dieu susceptible de l’aider. S’il est venu vers Pierre, c’est évidemment qu’il en avait entendu parler ; les paroles des témoins étaient arrivées au bon moment dans un cœur que l’Esprit Saint avait préparé, lequel s’est servi de quelques hommes et femmes eux-mêmes prêts à témoigner pour que cette préparation ait une suite heureuse. Le centurion a alors pu s’engager librement dans le questionnement qui le taraudait. Dans toutes nos démarches de foi, nous trouvons un va-et-vient continuel entre Dieu et nous, entre Dieu et la communauté des croyants, entre Dieu et chacun, entre Dieu et les témoins que nous rencontrons. N’ayons pas peur de nous montrer disciples de Jésus, d’une façon telle que, sans que nous le voulions particulièrement, plusieurs soient au moins intéressés, intrigués, par notre témoignage, en recevant nous-mêmes celui qui nous est donné. Nous devons vouloir témoigner, dans la logique de notre baptême, mais il est bon aussi que notre comportement de chrétiens soit comme l’air que nous respirons, donc sans que nous y pensions précisément, de toute façon en laissant l’Esprit Saint toucher qui il veut. Prions pour que Dieu change le cœur des hommes afin qu’ils osent une démarche semblable à celle du centurion. Prions pour que Dieu accepte aussi notre pauvre témoignage, dont les conséquences ne nous appartiennent pas ; que devrions-nous faire pour qu’il soit davantage conforme à ce dont Dieu a besoin pour atteindre, sans doute petit à petit, ceux qui sont loin de lui ?

L’Esprit Saint a parfois des réactions inattendues ! La première communauté était déjà bien étonnée que Dieu ne fasse pas de différence entre les hommes, mais, quelle que soit leur race, qu’il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. De tout cela nous sommes aujourd’hui convaincus, mais devant l’une des premières communautés chrétiennes, l’Esprit de Dieu franchit une étape supplémentaire dans la révélation, un peu comme si la communauté n’était pas encore suffisamment bousculée : pour cela il donne la parole aux futurs baptisés, la Parole de Dieu lui-même, en des paroles mystérieuses, comme dans un débordement de ce qu’il est, sur les esprits des futurs baptisés. L’amour de Dieu est toujours prêt à déborder, quand il le faut, de temps en temps en bousculant notre routine et nos prévisions. Nous avons souvent du mal à discerner la présence de l’Esprit Saint, à envisager que tel ou tel événement, que telle ou telle idée, vient de lui. Or l’Esprit Saint ne cherche pas à suivre les rails sur lesquels nous pensons qu’il va rouler. Il est, dit Jésus à Nicodème, comme le vent, dont nul ne sait d’où il vient ni où il va. Nous savons à l’évidence que nos intelligences et nos esprits sont limités ; aussi restons-nous facilement bloqués sur nos pensées trop humaines, au lieu de chercher plus au large, avec acharnement, au-delà de nous-mêmes, à la lumière de l’Esprit Saint. Saint Paul écrit aux Éphésiens : En vue de votre délivrance vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint de Dieu : ne le contristez pas ; c’est-à-dire : ne l’empêchez pas de faire son travail. Et aux Thessaloniciens : Vérifiez tout ; ce qui est bon, retenez-le.

C’est dans l’amour puisé en Jésus-Christ que notre témoignage sera solide, dans l’amour des uns pour les autres, grâce à l’amour de Dieu chevillé au corps et au cœur, jusqu’à donner notre vie : violemment en un seul coup si Dieu nous le demande, ou tout au long des jours dans la persévérance. Quelques heures avant son arrestation, Jésus promet à ses disciples de leur envoyer son Esprit ; d’où la Pentecôte. Ce jour-là l’Esprit s’est manifesté sous la forme d’abord d’un violent coup de vent qui remplit la maison où se tenaient les disciples en présence de la Vierge Marie, puis sous la forme de langues de feu, chacun la sienne, parce que chacun allait recevoir une mission particulière, et pour répondre aux besoins des spectateurs et auditeurs de différentes langues, peuples et nations présents dans la ville, puis dans le monde entier.

Nous, baptisés de plus ou moins longue date, pour que notre témoignage soit véridique et pour que ceux que nous rencontrons soient ouverts à Dieu malgré nos faiblesses et nos insuffisances, supplions l’Esprit Saint de faire son œuvre, sans entrave venant d’aucun d’entre nous.

06 mai 2012 Pour écouter cette homélie cliquez ici

Nous pouvons toujours nous lancer dans des considérations très élevées ; l’amour de Dieu n’en passe pas moins par les hommes.

Ainsi dans la Jérusalem du premier siècle. Paul, sous le nom de Saul, avait persécuté les chrétiens de la ville, qui, personne ne s’en étonnera, le craignent lorsqu’il réapparaît. Il y faut un certain Barnabé pour le faire admettre dans la communauté. Barnabé, appelé ailleurs l’homme du réconfort, aura plusieurs fois dans l’histoire de la première Église, semé la paix et la réconciliation. Etait-ce une question de tempérament ? Sans doute en partie ; cependant la lumière de l’Esprit Saint l’a éveillé à ce qu’il devait faire. Le climat était favorable, la communauté restant encore dans la ferveur de leur foi en Jésus que plusieurs avaient personnellement connu ; les auditeurs de Barnabé étaient donc réceptifs à une application concrète du pardon à donner, du lien entre croyants qui ne pouvait exclure l’un des siens sans raison importante ; ils ont su passer au-delà de leur réaction spontanée, pour faire confiance à Barnabé. Mais si celui-ci n’avait pas été là, que se serait-il passé ? Que tout se soit bien déroulé n’est pas le résultat d’un hasard ou d’une coïncidence. Cette alternative est probablement un faux problème, parce que l’Esprit Saint était là lui aussi. Autrement dit chacun faisait son travail, chacun selon ses possibilités et la mission reçue de Dieu le Père. Une communauté et l’Esprit Saint sont appelés à travailler main dans la main. Tout comme la nôtre !

La première lettre de St Jean nous emmène elle aussi très haut vers le Seigneur, mais au détour d’une phrase ou d’une autre, elle nous renvoie bien à la réalité quotidienne : Nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité… Avoir foi en Jésus-Christ et nous aimer les uns les autres… Celui qui est fidèle à ses commandements… Certes ces prescriptions semblent assez générales. C’est que nous sommes, une fois de plus, renvoyés à nos responsabilités, parmi lesquelles celle de préciser comment nous nous aimerons, comment nous suivrons les préceptes du Seigneur, comment nous resterons fidèles, quelles initiatives nous prendrons. Nous devons décider ce qui convient sans nous laisser emporter par le courant, sans réagir à ce qui ne serait même plus un « consensus mou » parce que nous n’aurions rien décidé ni seulement approuvé. Nous ne sommes pas des moutons qui s’agrègent instinctivement en troupeau, ni des marionnettes manipulées par des forces inconnues qui nous mèneraient selon leurs fantaisies, surtout là où il ne faut pas aller. Nous sommes des disciples qui suivent librement leur Maître et se mettent volontiers et volontairement à son école, parce qu’ils ont reconnu en lui comment il convient de se comporter et de vivre. Ils acceptent de communiquer à ceux qui veulent bien les entendre ce qui leur paraît le meilleur pour tout le monde, car cela fait partie de ce qu’ils ont appris.

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Voilà comment nous restons greffés sur la vraie vigne, Jésus, dont nous sommes les sarments. C’est la condition incontournable pour que nous portions du fruit, et un fruit qui demeure. En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire, dit-il. Nous sommes témoins, nous prenons des initiatives, en disciples fidèles de notre Maître. Parce que nous sommes ses disciples et pour être dans la vérité, nous ne pouvons que nous référer à lui et à son Evangile. Nous n’obéissons pas bêtement à des ordres, mais notre vie en Jésus est notre sève nourricière. Vraiment nous ne pouvons vivre que par Jésus. Ceci n’a rien de romantique, parce que c’est mystique, c’est-à-dire que cela nous introduit au sein même de Jésus dans le mystère même de sa vie ; il est la Tête d’un Corps dont nous sommes les membres. Avec lui nous ne faisons qu’un, ou plutôt nous renforçons cette unité chaque jour en agissant de mieux en mieux comme nous le devons. Comment ? A chacun de déterminer, pour commencer, si oui ou non chacun de ses actes est accompli dans le Seigneur et par lui, et pour lui, nourri et animé par son amour. Je pense que tous ici, sur ce point précis, n’ont pas à faire les fiers… Nous agissons sans doute souvent après avoir réfléchi, mais aussi beaucoup de façon automatique et par réflexe ou habitude. C’est une faiblesse de la nature humaine dont nous n’avons pas à rougir, mais que nous devrions considérer afin d’améliorer consciemment notre vie en Jésus.

Autant Dieu veut avoir besoin de nous, autant nous ne pouvons rien faire en dehors de Jésus. Permettez que je cite une fois de plus un moine : « Quand nous disons ‘Dieu et l’homme’, le plus important c’est « ET » !


29 avril 2012 Pour écouter cette homélie cliquez ici


Notre temps est difficile, mais quel temps ne l’a pas été, et lequel évitera le risque de la vie ? Alors faut-il que nous arrêtions notre témoignage ? Bien sûr que non !

Je suis toujours étonné de la vigueur, pour ne pas dire de la violence, des propos des premiers prédicateurs. Comment leurs auditeurs ont-ils pu supporter de telles mises en demeure de se tourner vers Jésus-Christ ? Ils n’entendent guère que des reproches ! Si à notre tour nous menacions continuellement nos contemporains des peines les plus dures, nous nous ferions rejeter tout de suite ! Tandis que les auditeurs de Pierre ont vite demandé : « Que devons-nous faire ? » C’est que leur cœur était prêt, par grâce de Dieu. Ils étaient à Jérusalem pour adorer Dieu. Le cœur des nôtres serait-il moins apte à entendre la Bonne Parole ? C’est bien à Dieu d’en juger ! De toute façon nous devons, comme Pierre, annoncer non seulement que rien ne s’arrangera dans notre monde si nous négligeons la loi de l’amour, mais que si tous aiment son prochain comme Jésus nous a aimés, alors la paix sera installée pour longtemps sur la terre. Cela, c’est une vérité absolue, parce que ce sera la victoire de Jésus lui-même, Tête du Corps de l’Eglise dont nous ne sommes que les membres ; ne sommes-nous pas les mains, les yeux, la bouche de Dieu pour aimer ce monde qui en a tant besoin ? Oui, nous avons pour mission de proclamer coûte que coûte par nos paroles et par nos actes quel est le véritable amour, celui de Jésus mort et ressuscité, vainqueur de tout mal et de toute mort.

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Le Corps-Eglise restera incomplet si personnes ne rejoint les rangs des prêtres, des religieux et religieuses, des laïcs qui se donnent entièrement pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Nous sommes invités aujourd’hui, mais également demain et après-demain, et les autres jours, inlassablement, à prier tout spécialement pour les vocations, c’est-à-dire pour que ceux qui sont appelés à une tâche particulière, répondent favorablement. C’est une urgence ! Le Bon Pasteur veille affectueusement sur ses ouailles. Aujourd’hui ce même Pasteur semble ne plus parler à ces hommes qui l’attendent souvent sans le savoir. Il faut que nous lui rendions la parole, que nous soyons sa voix. Il faut que nous lui donnions notre parole de propager la sienne, uniquement la sienne. Demandons-lui également d’ouvrir les oreilles de nos auditeurs, afin que nos efforts portent du fruit, et un fruit qui demeure. La mission d’octobre en sera une occasion à ne pas rater. Car lui seul changera le cœur des gens. Jésus est la Parole du Père ; nous ne sommes que ses porte-parole ; nous portons Jésus là où il n’est pas encore présent, au cœur de ceux qui l’ignorent ou le connaissent si mal. Les rencontres appelées « Partages de la Parole » sont, ou seront, là pour nous y préparer. Le berger mercenaire…, s’il voit venir le loup, abandonne les brebis et s’enfuit. Nous ne fuirons pas, car nous ne sommes pas des mercenaires, mais les amis du Seigneur Jésus. J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là aussi il faut que je les conduise. Nous ne pouvons plus supporter de ne vivre que sur nous-mêmes, alors que Dieu aime tous les hommes. Le témoignage n’est pas une charge insupportable ; il devrait être l’amour de Dieu débordant spontanément de nos âmes, comme cela est devenu le cas pour Pierre et les apôtres à partir de la Pentecôte !

Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître, puisqu’il n’a pas découvert Dieu. Nous devons aider nos contemporains, à commencer par nos voisins, les habitants de nos villages, tous, à découvrir que l’amour de Dieu, pour patient qu’il soit, est tellement désireux de les rencontrer cœur à cœur, chacun et en communauté ! Nous serons semblables au Seigneur quand nous aimerons les nôtres comme lui nous aime. En attendant, il nous appelle tels que nous sommes. C’est en remplissant notre mission de mieux en mieux que nous lui ressemblerons davantage. Le Christ, puisque nous sommes ses membres, commence à paraître dans le cœur des gens lorsque nous faisons ce qu’il faut. Lorsque tous les hommes connaîtront le Seigneur, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est !

Que l’Esprit Saint soit notre lumière pour que nous comprenions ce qui convient aux hommes de ce temps, et notre force pour que nous osions aller de l’avant. Entreprenons, prenons des initiatives, même si nous ne savons pas d’avance quel en sera le résultat ! Dieu fera le reste ! Dieu veut avoir besoin de nous !

22 avril 2012      Ecouter cette homélie

Serions-nous aujourd’hui dans une situation semblable à celle que connaissaient les apôtres et les premiers chrétiens, vu l’hostilité sur laquelle butte notre foi actuelle ? Il est sans doute exagéré de placer à la même hauteur deux époques si éloignées, mais cependant, vu le découragement de plusieurs d’entre nous, nous serions tentés de comparer.

Qui, aujourd’hui, a foi en Jésus-Christ ? Qui accepte le fait de la résurrection, quand même des gens qui se disent chrétiens n’y croient pas ? Qui veut bien se conformer aux consignes de vie si dérangeantes que nous donne le Seigneur ? L’apôtre Pierre ne craint pas d’affirmer vigoureusement sa foi. Il y aura une ressemblance entre nous et lui si nous aussi nous prenons vraiment en main, comme plusieurs le font déjà, la préparation de la mission d’octobre. Oui, nous affirmerons notre foi en la résurrection à venir de notre société. Car la résurrection de Jésus voici deux mille ans est le gage que nos témoignages ne resteront pas stériles, même si les fruits que le Seigneur en tirera n’arriveront que lorsque nous aurons quitté cette terre. Nos prédécesseurs dans la foi, et pas seulement l’apôtre Pierre, pour ce qui est du résultat que certainement ils souhaitaient, s’en remettaient au Seigneur, qui seul change les cœurs et sait ce qui convient à l’homme, à tels hommes. Souvent le Seigneur ne répond pas là et comme nous voudrions. Pourquoi nos témoignages seraient-ils, eux, sans conséquences ? Si nos actions paraissent inefficaces, nous aurons au moins semé, nous aurons fait notre devoir, et le Seigneur en fera ce qu’il juge bon. Nous ne sommes pas les maîtres ; nous ne sommes que des serviteurs. Autre le semeur, autre le moissonneur, rappelle Jésus. Ce que les premiers chrétiens ont fait a pour résultat que nous sommes ici aujourd’hui ; en sommes-nous mécontents ? Evidemment nous aimerions que nos contemporains nous rejoignent. Nous ne sommes que le cœur, les mains, les yeux de Dieu pour accomplir ce qui doit l’être. Donnons sans relâche ce message de Dieu qui nous est confié. Notre mission d’octobre en sera une bonne occasion.

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Nous connaissons Jésus si nous gardons ses commandements, écrit St Jean. Or Jésus envoie ses disciples dans le monde entier. Où en sommes-nous de ce commandement particulier ? Les circonstances font que nous ici réunis envisageons notre témoignage avant tout dans nos villages. Il n’est effectivement pas nécessaire que nous partions tous aux antipodes pour satisfaire aux consignes de Jésus ; tant de nos voisins se tiennent un peu loin, nous semble-t-il, de notre Sauveur ! Nous travaillons chez nous ; beaucoup de bien se fait déjà ici, souvent de la manière la plus discrète, mais il convient également que de temps en temps au moins la parole que nous prononçons au nom du Seigneur soit publique. Des missionnaires et des prêtres du diocèse sont sortis de nos villages ; nous, c’est ici que le Seigneur nous envoie. Si nous avons failli, si nous avons manqué à notre mission de témoins, nous avons un défenseur devant le Père, Jésus-Christ le Juste ; ce n’est pas une raison pour baisser les bras ! Si un moment nous avons fléchi, si nous sommes (provisoirement !) découragés, il est toujours le temps, avec le Seigneur, que nous nous relevions, pour repartir toujours plus vigoureusement. En chrétienté, même si les apparences nous y poussaient, le découragement définitif est interdit, puisque nous avons à nos côtés Jésus et l’Esprit Saint. Leur faisons-nous confiance, oui ou non ?

Notre foi en Jésus concrètement et corporellement ressuscité, pour fragile qu’elle soit, est renforcée par ce qui s’est passé sur terre depuis 2000 ans ; il ne convient pas qu’elle ne soit tributaire que de notre période actuelle. Nous ne regardons pas seulement des faits, tels que la réconciliation voulue par des chrétiens entre peuples autrefois ennemis, ou l’éradication de maladies longtemps redoutées, ou l’entraide apportée à des peuples défavorisés par la géographie, mais voyons davantage une histoire qui, pour être cahotante ou hésitante, ne nous en a pas moins conduits à construire un avenir institutionnellement meilleur et plus fraternel, même si, bien sûr, il reste encore beaucoup à entreprendre. Jésus ressuscité est sorti des limites humaines et terrestres du temps et de l’espace. Regardons vers les réalités d’en-haut ; c’est là que se situe la vérité de l’homme, ce à quoi l’homme est promis, à la suite de Jésus. Nous ne mettons pas notre confiance en Jésus à cause de preuves irréfutables parce que quasi mathémathiques, mais nous adhérons à sa personne à cause d’un témoignage reçu au plus intime de notre âme, là où personne ne peut décider à notre place.

Notre foi est personnelle, mais elle a besoin de la communauté pour passer à l’acte en nous confortant les uns les autres. Ce que nous entreprenons dans notre communauté locale, la mission d’octobre et le reste, est le fruit de nos fois personnelles vécues ensemble. Tout comme ce que faisaient les premiers chrétiens, qui affrontaient ensemble et vigoureusement les difficultés de leur temps.

15 avril 2012  cliquez ici pour écouter cette homélie

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Le bienheureux Jean-Paul II a voulu que, le dimanche qui suit Pâques, la miséricorde de Dieu soit mieux prise en considération. Dans le diocèse de Besançon, nous sommes davantage attentifs à ce sujet puisque le 3 juin prochain nous assisterons à la béatification de Jean-Joseph Lataste, dominicain.

Jeune prêtre, le P. Lataste a été envoyé prêcher durant quelques jours dans une prison réservée aux femmes, à Cadillac, près de Bordeaux. Les conditions de vies de ces personnes ne seraient évidemment plus tolérées. Aucune ne pouvait parler sinon aux gardiennes, qui étaient des religieuses. Elles dormaient en dortoirs sans intimité aucune. Elles passaient leurs journées à un travail non rémunéré, et pour se détendre tournaient en rond dans la cour, l’une derrière l’autre, toujours en silence, à heures fixes. Les interventions du P. Lataste venaient en plus de leur emploi du temps habituel, donc la nuit. Le P. Lataste les a tout de suite appelées : « Mes chères sœurs », ce qui était une véritable originalité à une époque où elles étaient plutôt appelées « les réprouvées ». Il a très vite remarqué le désir profond de beaucoup de ces femmes de changer de vie en profondeur, sans penser forcément à une vie religieuse. Elles suivaient avec ferveur les adorations de Saint Sacrement proposées. Quelques-unes manifestaient un fort besoin de rencontre intime avec Jésus-Christ. Aussi le P. Lataste a très vite su qu’il devait créer une branche contemplative de l’ordre des Dominicains pour accueillir à leur sortie de prison celles qui le voudraient. Il voulait pouvoir les appeler toutes : « les réhabilitées ». Nous avons dans le diocèse le deuxième établissement de cette nouvelle congrégation, à Montferrand le Château ; dans la chapelle se trouve la tombe du P. Lataste. Ce qui explique que sa béatification soit programmée à Micropolis, à Besançon, le 3 juin prochain.

Sans doute serons-nous un diocèse dont nous dirons comme à propos de la 1ère communauté de Jérusalem : Ils avaient un seul cœur et une seule âme… C’est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous. Un seul cœur et une seule âme témoignant de la miséricorde de Dieu pour chacun des humains, ne jugeant pas non seulement pour ne pas être jugé, mais surtout pour regarder les autres avec le même cœur que Dieu lui-même. C’est ce que faisait le P. Lataste, touché au fond du cœur par la misère des prisonnières, prêtant attention à leurs attentes, et trouvant une réponse bien adaptée au moins à plusieurs d’entre elles, n’ayant pas peur des objections et des obstacles rencontrés lorsqu’il a mis son projet en œuvre, conforté par l’accord de ses supérieurs hiérarchiques dans l’accomplissement de la volonté de Dieu et non de la sienne. Sa miséricorde ainsi vécue était la miséricorde de Dieu lui-même, ne cachant pas les fautes commises mais reconnaissant à chacune la liberté de préparer un avenir meilleur. Pour tout pécheur, l’avenir compte davantage que le passé.

La paix soit avec vous. Le Christ ressuscité redonne vie dès maintenant à celles et ceux qui veulent bien recevoir cette nouvelle vie. La miséricorde peut jouer une nouvelle fois avec le mot « ressusciter » qui devient « re-susciter », « susciter à nouveau », « proposer et encourager à nouveau », dans la paix de Dieu qui assure une sérénité suffisante pour prendre énergiquement notre vie en main. Recevez l’Esprit Saint, la lumière et le souffle de Dieu, la force et le courage d’entreprendre ce qui est nécessaire. L’apôtre Thomas était loin de se douter de ce que sa foi impliquait ; il doutait d’abord de la réalité de la résurrection de Jésus, puis son émerveillement était tel que, sur l’instant, il n’a pas discerné les conséquences de sa foi nouvelle. Comme à chacun de nous il lui a fallu du temps pour les saisir. Le P. Lataste appliquait à la lettre, même s’il n’y pensait pas explicitement, cette invitation de Jésus : On se servira pour vous, de la mesure dont vous vous serez servi pour les autres. La paix que Jésus donne n’exclut pas le souci et les épreuves, des épreuves parfois très dures, nous en savons tous quelque chose, qui peuvent aller jusqu’au doute sur le bienfondé de nos projets. Cette paix nous fait penser à ces mots d’Isaïe : Le Seigneur vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. La miséricorde suppose une douceur du cœur qui ne néglige aucune exigence ; elle sait prendre tout le temps nécessaire, ne fixant aucun délai au résultat espéré ; elle est synonyme de « patience bienveillante », ayant foi en la personne humaine et en son avenir.

L’avenir de personne n’est jamais bouché. Il ne faut jamais désespérer de l’avenir de qui que ce soit. Que Dieu nous donne son cœur, comme il l’a donné au P. Lataste.

7-8 avril 2012

Samedi Saint 7 avril cliquez ici pour écouter cette homélie

Désormais la vie triomphe. Les baptêmes célébrés durant les fêtes de Pâques sont plus clairement que jamais, le gage que la vie gagne sur la mort. La mort est vaincue. Le mal est vaincu. Est-ce à dire que nous prendrions nos désirs pour la réalité, parce que nous sommes effectivement et encore tributaires du mal, et de la mort qui s’en suit ? Eh bien en espérance, autrement dit dans la certitude que Dieu ne peut ni ne veut nous tromper, nous affirmons la résurrection de Jésus et la nôtre, et qu’avec la force de l’Esprit Saint nous sommes réellement vainqueurs du mal. Des témoins attestent que Jésus est vivant ; ils l’ont vu après sa mort, ils ont mangé et bu avec lui après sa mort ; ils ont pu le toucher. Forts de cette force, nous prenons part à la victoire de l’amour de Dieu en devenant quotidiennement acteurs de l’amour tel que Jésus est venu le vivre parmi nous. La lumière de l’Esprit Saint nous fera comprendre ce que nous avons à entreprendre concrètement pour le bien des hommes ; sa force sera notre force pour que nous trouvions les moyens de réaliser ce dont les hommes ont besoin. Notre baptême est une nouvelle naissance, notre renaissance en vue de l’œuvre créatrice de Dieu, la source de notre participation à la création par Dieu de ce qu’il y a de bon, de beau et de vrai pour la vie de l’homme. Par cette naissance nous sommes élevés largement au-dessus de notre naissance au monde physique, matériel et provisoire. Nous devenons alors les mains et le cœur de Dieu pour aimer tous les hommes, sans exception, quelle qu’en soit la difficulté du moment, guettant l’occasion de passer à l’acte. Dieu est notre Père ; en Jésus et par Jésus il nous élève jusqu’à lui ; cette naissance-là nous ouvre à la vie définitive. Béni soit Dieu qui nous fait naître et renaître à son image et ressemblance ! Satan, le mal, est déjà jeté hors du monde ! Béni soit Dieu qui, par Jésus dans nos vies, restaure l’image qu’il a toujours voulu regarder et contempler en nous ! La Résurrection est déjà commencée, action définitive de Dieu en cours de réalisation ! Vraiment, Dieu nous aime !

 

Dimanche de Pâques 8 avril

Le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous ! La Parole créatrice de Dieu ne pouvait disparaître dans la mort, car l’amour de Dieu est irrévocable, irréversible. Dieu notre Père ne peut nous reprendre sa parole, qui est son Fils bien-aimé, de la même façon que rien ni personne ne peut pas faire que Jésus ne soit pas né. L’amour créateur de Dieu ne peut nous enlever l’existence, ni sa vie ni son amour, car Dieu est, et nous fait participer à ce qu’il est. Notre vie terrestre est un tremplin, la base de laquelle nous partons pour vivre en Jésus, par Jésus, et avec Jésus. Jésus n’avait pas d’autre moyen, pour vaincre la mort une fois pour toutes, que d’entrer en elle en la saisissant à bras le corps. Mais il ne pouvait que la traverser ; il ne pouvait qu’en sortir victorieux, car la mort n’avait aucun moyen de faire en sorte que Dieu ne soit plus Dieu. Une fois pour toutes Jésus est venu nous chercher là où nous étions, c’est-à-dire dans la mort, pour nous redonner la vie, qui n’est qu’en lui et par lui et pour lui. Pour nous sortir de notre marasme, de notre fange, de notre boue, de notre péché, Dieu ne pouvait que se salir, de la même façon qu’un père affectueux ira chercher son enfant dans la fosse à purin où celui-ci serait tombé ! Lui seul pouvait nous purifier, car la mort ne pouvait l’atteindre en son Être même, le faire changer de nature. Depuis toujours, avant même la création et jusqu’à la fin des temps, Dieu notre Père, en Jésus et dans l’Esprit Saint, nous aime une fois pour toutes.

Jeudi Saint : 5 avril cliquez ici pour écouter cette homélie

Nous allons revoir le lavement des pieds. Qu’est-ce donc ? Pour mieux le comprendre, plaçons-nous dans le contexte des quatre Evangiles et de la lettre de St Paul. Matthieu, Marc, Luc et Paul présentent l’institution de l’Eucharistie telle que nous la connaissons, lorsque Jésus nous donne son Corps et son Sang au cours de son dernier repas avec ses disciples. St Jean, lui, écrivant quelques dizaines d’années après ses condisciples, raconte le lavement des pieds au même moment du dernier repas de Jésus. C’est donc qu’il voulait transmettre un message particulier. Pourquoi ce parallélisme ? D’abord voyons bien que laver les pieds des gens, dans la Palestine d’il y a plus de 2000 ans, était une humble façon d’accueillir son ou ses visiteurs, dont les pieds étaient salis par la poussière du chemin ; personne en effet n’avait des chaussures comme les nôtres qui enveloppaient les pieds, et d’autre part les routes n’étaient pas goudronnées ! C’est une évidence ! Jésus a donc voulu donner le signe fort que le don de sa vie dans l’Eucharistie et le service qu’il rend aux siens en se mettant à leurs pieds, sont complémentaires. Le lavement des pieds n’est pas un en-soi qui se suffirait à lui-même. De même notre amour de Dieu exprimé par l’Eucharistie est complémentaire de l’amour que nous avons les uns pour les autres. Nous ne pouvons isoler notre amour de Dieu de notre amour du prochain ; ils sont les deux jambes qui nous permettent d’évoluer normalement !

D’un côté comme de l’autre, Jésus nous dit : Faites ! Faites ceci en mémoire de moi… Et au lavement des pieds : Ce que je viens de faire, faites-le vous aussi les uns pour les autres. Notre foi nous rend donc humblement acteurs de l’amour humble ! L’Eucharistie ne peut plus passer pour une parenthèse ennuyeuse ou inutile dans l’emploi du temps de la semaine. A l’Eucharistie nous apportons notre propre vie, résumée par un peu de pain et de vin, que Jésus prend pour en faire sa propre vie ; à la communion nous prenons en main ce que Jésus en a fait, son corps et son Sang, donc sa Vie entière, et nous recevons l’amour de Dieu que nous irons partager avec ceux que nous rencontrerons, et la fois suivante nous apporterons ce que nous en aurons fait, de sorte que l’Eucharistie peut être vue comme l’un des deux pôles du va-et-vient continuel entre Dieu et nous, si nous y sommes fidèles... Elle devient nécessaire si nous voulons aimer vraiment comme le Christ nous l’a appris, Dieu son Père et notre Père, et tous nos frères en humanité. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces, et ton prochain comme toi-même. L’enseignement du Christ est vraiment cohérent ; par ses paroles et par ses actes il nous dit et redit de différentes façons le même précepte de l’amour, pour que nous le mettions en pratique et devenions de vrais pratiquants. Faites ! Nos différentes activités de chrétiens sont scellées dans l’Eucharistie, y trouvant leur source autant que leur raison d’être.


Vendredi saint : 6 avril

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Dimanche dernier, dans la lecture de la Passion selon St Marc, nous avons entendu parler de Simon de Cyrène. L’une des stations du Chemin de Croix fait explicitement référence à lui. J’aime particulièrement cet homme, au point de rappeler son existence, bien que le récit de la Passion de Jésus que nous venons d’entendre n’en fasse pas mention. Jésus ne peut qu’aimer un homme rencontré par hasard, semble-t-il. Simon n’avait pas demandé de se trouver là, puisqu’il rentrait des champs après le travail prévu, et prêt sans doute à entreprendre une autre tâche, mais pas celle qui lui fut imposée. Bref, c’était un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire, un personnage dont un parle peu, à qui beaucoup d’entre nous ressemblent, sans doute. Maintenant voici le second motif de l’attention que je lui porte : il a été réquisitionné. C’est lui qui a été réquisitionné pour aider Jésus à porter sa Croix, pas l’un des spectateurs volontairement présents sur les lieux. Les gardes qui accompagnaient le condamné nommé Jésus, ne lui ont pas demandé son avis ; ils l’ont réquisitionné. N’y a-t-il pas parmi nous beaucoup de personnes qui de temps en temps subissent des événements imprévus et difficiles : la maladie d’un enfant ou d’un être cher, un décès, l’échec à un examen ou un concours malgré une laborieuse préparation, un licenciement, une déception amoureuse, un incendie, un vol, un accident sur la route ou au travail, et dans quelques pays la persécution ? Pourquoi toutes ces personnes, qui souvent resteront assez peu connues, comme Simon de Cyrène, ne lui ressembleraient-elles pas, « réquisitionnées » elles aussi pour aider Jésus dans sa Passion en vue du salut du monde, avant d’être tout autant associées à sa Résurrection ?

1er avril 2012 Les Rameaux cliquez ici pour écouter cette homélie

 

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Les Rameaux ne sont pas un truc magique, un talisman, un porte-bonheur. Nos rameaux, s’ils sont placés sur les tombes de nos proches et amis, ou dans nos maisons sur les crucifix, nous sont donnés pour nous rappeler la gloire de Jésus accueilli à Jérusalem en prévision de sa résurrection, mais en même temps l’inconstance et la fragilité des foules souvent imprévisibles, les uns acclamant le Seigneur, les autres, à peine quelques jours plus tard, le condamnant à mort. Au cours de nos Eucharisties nous rappelons quotidiennement la mort et la résurrection du Seigneur ; aujourd’hui nous le faisons plus solennellement, pour commencer la commémoration annuelle et forte de la Passion et en même temps de la Victoire de Jésus sur la mort, sur toute mort. Nous avons besoin de voir, d’entendre, de toucher, plusieurs fois, pour accéder à des réalités qui dépassent les limites de nos petits esprits. Quand le prêtre dit : « Elevons notre cœur » et que nous répondons : « Nous le tournons vers le Seigneur », c’est évidemment une image, une comparaison. Notre foi passe par notre corps et nos cinq sens ; c’est une donnée de la nature humaine, mais n’en restons pas là ; partons au-delà. La fréquentation concrète d’un Dieu si fréquentable ne peut que nous faire du bien ! Méditons chaque jour ce que nous connaissons du Seigneur pour que petit à petit nous en soyons imprégnés, et pour que son amour devienne comme l’air indispensable à la respiration. Contemplons continuellement le don que Dieu le Père nous fait de son Fils, et ce que nous en avons malheureusement fait ; quand, à la communion, nous prenons en main le Corps du Christ, qu’en ferons-nous ? En serons-nous de vrais témoins ? Contemplons assidûment le Fils se livrant entre nos mains, pour ensuite être en mesure de partager l’amour qu’il nous donne et nous confie en vue d’un autre partage avec tous les hommes. A force de dire et de redire les merveilles de Dieu, dont le pardon toujours prêt si nous le demandons n’est pas la moindre, nous entrerons davantage dans la Passion et la Résurrection de notre Sauveur, communiant plus fortement que jamais à sa vie pour nous et tous les hommes, y compris les pires criminels. Telle est l’Alliance et la vie commune, lui avec nous et nous avec lui, qu’il nous propose. Béni soit Dieu notre Père qui par son Fils et en son Fils, nous élève jusqu’à lui, nous ses enfants.

25 mars 2012 cliquez ici pour écouter cette homélie

J’avais des droits sur eux ! Dieu a-t-il donc des droits sur nous, de la même façon que le partenaire d’un traité sur le ou les autres contractants ?
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N’y voyons là que le langage d’une époque, à ceci près tout de même que lorsqu’une alliance a été conclue, à quelque époque que ce soit, le lien est plus fort que dans un simple contrat commercial, ou un traité de paix entre peuples qui arrêteraient une guerre. Une alliance engage les parties concernées dans une collaboration impliquant au moins une petite part de vie commune. Les personnes y sont touchées dans leur être même, dans l’élan et le dynamisme qu’elles veulent donner à leur vie. Eh bien Dieu a conclu avec son peuple une alliance de ce type. Lui y a mis tout son cœur, toute l’affection dont il est capable, toute sa tendresse, avec toute sa force et ses exigences, dont il n’use pas à son avantage, mais à l’avantage de ceux qu’il aime par-dessus tout. Telle est la caractéristique de l’alliance qu’il propose : l’amour, et pas quelques intérêts réciproques bien partagés. C’est pourquoi, malgré les multiples ruptures d’alliance dont son peuple est coupable, Dieu continue à l’aimer, et surtout à donner plus que jamais de la force à son amour, pour nous convaincre de l’aimer en retour ! Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes, je l’inscrirai dans leur cœur. Nous avons lu ailleurs dans la Bible : Changez vos cœurs, croyez à la bonne Nouvelle ! C’est que Dieu, dans son amour pour nous, nous respecte dans notre entière liberté. Son alliance avec nous comporte en effet que tous les partenaires en sont acteurs libres, avec la possibilité d’initiatives jugées utiles à ceux qui en ont besoin. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus besoin d’instruire chacun son compagnon ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! »

Une telle alliance se réalise en Jésus-Christ, dont l’un des poèmes du Serviteur en Isaïe annonçait : J’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple ! En la propre personne de Jésus il y a toute la divinité, corporellement !, écrit St Paul. En lui c’est vraiment la plus forte alliance que Dieu notre Père pouvait nous proposer, définitivement, et que nous célébrons à chaque Eucharistie, dans laquelle nous sommes vraiment incorporés au Christ pour former l’Eglise, Corps dont le Christ est la Tête ; encore St Paul ! Alors si le Fils de Dieu lui-même a appris l’obéissance, ce n’est pas qu’il était moins Dieu lorsqu’il était sur terre, mais Dieu devenant pleinement homme, donc d’abord petit enfant, il a appris l’obéissance de la même façon que Verbe de Dieu, Parole de Dieu, selon l’Evangile de St Jean, il a appris à parler ! De plus, ayant souffert pour nous, il a été conduit à sa perfection humaine, tout en demeurant Dieu sans aucune altération, même quand les apparences étaient contraires, poussant à travers lui l’humanité entière jusqu’à sa perfection. Sa divinité a été traduite pour nous dans son humanité elle-même. Alors si nous voulons connaître Dieu, regardons l’homme qu’il était, et qu’il est.

Contemplons-le dans cette gloire dont nous ne comprenons pas toujours la signification. Il est glorifié par sa mort acceptée pour notre salut, suivie de sa résurrection. Chaque semaine nous lisons une hymne au bréviaire : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu… s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté ; il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus… toute langue proclame : « Jésus-Christ est Seigneur », à la gloire de Dieu le Père. Et ici dans l’Evangile nous avons entendu le Père déclarer : Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore ! Ce qui fait la gloire de Jésus, c’est qu’il a vaincu le mal et le péché par des moyens inattendus, surprenants, au minimum à cent lieues de ce que nous aurions imaginé. Il a détruit la mort en traversant sa propre mort. Nous aurions pensé, nous, à une punition écrasante, pourquoi pas cruelle. Non ! Au lieu de se venger ou de punir méchamment, Dieu, Père plein de tendresse et de miséricorde, nous a livré son Fils, qui s’est librement livré entre nos mains, parce qu’il nous aime au point de ne pas vouloir nous perdre, sous aucun prétexte, ni nous anéantir, mais il veut au contraire nous ressusciter, nous susciter à nouveau, nous recréer, en son Fils, son Alliance avec nous ! Pour nous aimer à son aise !

C’est à la fois grandiose et très concret, car cela concerne autant notre quotidien que notre futur au paradis. Rien à voir avec un simple contrat, temporaire ou définitif, qui se contenterait de nous obliger ! Notre quotidien de liberté est nourri par cette Alliance.

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